Les tuteurs : des professionnels qui sont partie intégrante d’une équipe pédagogique
Mémoire de la Table pédagogique des personnes tutrices de la Téluq
Présenté par Richard Pitre
Le 13 juin 2006
Les tuteurs se sentent véritablement concernés par les enjeux entourant la planification stratégique de la Téluq. Récemment, ils ont créé une table pédagogique afin de renforcer les interventions de leurs représentants au sein des instances et comités institutionnels et pour assurer la circulation de l’information auprès de l’ensemble des personnes tutrices. Leur implication grandissante dans les activités académiques témoigne de leur volonté de prendre une part active dans les orientations pédagogiques et, plus spécifiquement, à l’amélioration de la qualité de l’enseignement à la Téluq.
De plus, nous croyons que cette occasion sera profitable à toute la communauté télé-universitaire afin de leur démontrer la valeur ajoutée du tutorat pour assurer la qualité de la formation et la persévérance aux études.
La littérature scientifique est claire sur l’importance et la pertinence d’équipes pédagogiques dont devrait faire partie les tuteurs. Ainsi, la conférence de Patrick Guillemet au récent congrès de l’ACED/AMTEC portait spécifiquement sur l’équipe pédagogique et soulignait la nécessaire collaboration entre l’expert de contenu, l’expert en pédagogie, l’expert en médias, l’expert en coordination et l’expert en encadrement. Il insiste sur le fait que la formation à distance est un travail d’équipe. Cela est lié à la fois au fait qu’il nécessite des compétences variées, difficiles à retrouver chez une seule personne et au temps qu’il requiert, dépassant les disponibilités d’un seul individu[1].
Sur la question du rôle des tuteurs, plusieurs chercheurs insistent sur l’importance de l’encadrement dans le cadre de l’enseignement à distance. Pierre Gagné, professeur à la Téluq, a fait état des différentes dimensions du tutorat dans un entretien à Jacques Rodet : «Le tutorat porte sur des dimensions cognitives (conceptuelles, méthodologiques, administratives), sociales, affectives, motivationnelle et métacognitives de l’apprentissage[2].»
De son côté, la chercheuse belge Brigitte Denis identifie sept fonctions dans la tâche des tuteurs :
1. l’accueil, la mise en route des actions de formation ;
2. l’accompagnement technique ;
3. l’accompagnement disciplinaire ;
4. l’accompagnement méthodologique ;
5. l’autorégulation et méta cognition ;
6. l’évaluation ;
7. la personne-ressource attitrée.
On remarque une grande similarité pour ce qui est de la compréhension des tâches et responsabilité des tuteurs, et ce, des deux côtés de l’Atlantique. Dans chacun des cas, on reconnaît que les tuteurs jouent un rôle majeur afin d’assurer un enseignement de qualité.
Madame Denis affirme que «Le tuteur se révèle (…) un interlocuteur privilégié des apprenants. (…) Certains de ces rôles semblent faire l’objet d’un consensus global : le tuteur à distance a un rôle d’animateur et de médiateur.[3]»
Geneviève Jacquinot, professeur émérite à Paris VIII va dans le même sens : «Le tuteur doit savoir accompagner, écouter, conseiller ; prévoir les difficultés à venir ; penser par rapport aux objectifs et non en fonction du temps passé ; mutualiser les apports respectifs (…)[4]»
En conclusion de son article sur le rôle des tuteurs, Brigitte Denis soutient que : «Le tutorat à distance est un vrai métier dont il faut apprendre les différentes facettes, tout comme celui d’enseignant, de médecin, de chimiste, de mécanicien…[5]»
La littérature scientifique sur le rôle des tuteurs affirme l’importance de l’implication de ceux-ci dans les équipes pédagogiques. D’ailleurs, la table pédagogique des personnes tutrices souhaite explicitement que s’établisse un véritable partenariat tant avec les professeurs, les coordonnateurs à l’encadrement et les spécialistes en Sciences de l’éducation. Cette collaboration pourrait s’établir dans les matières où l’expertise des tuteurs serait mise à profit. Par exemple : la lecture critique de matériel pédagogique des cours en phase de conception ; la mise à l’essai des nouveaux cours et des nouveaux dispositifs technologiques auprès des étudiants ; la révision des cours et des programmes et l’évaluation des apprentissages.
Ainsi, dans ces matières les tuteurs pourraient se prononcer, en fonction et au vu des difficultés rencontrées par les apprenants et selon les caractéristiques des clientèles desservies. Les tuteurs deviendraient en quelque sorte la courroie de transmission de l’information entre les étudiants et les équipes pédagogiques, et ce, dans le but d’améliorer la qualité de l’enseignement.
Il nous semble tout à fait à propos de citer le procès-verbal de l’UER Éducation concernant leur plan stratégique 2006-2008 :
Les personnes tutrices et chargés d’encadrement feront aussi l’objet de notre attention dans la période qui débute. À la générosité des intentions, doivent succéder des réalisations concrètes favorisant l’intégration des personnes tutrices dans tout le cycle de vie d’un cours, en misant sur les moyens mis en place dans les conventions collectives. Par ailleurs, l’apparition de nouveaux thèmes dans les programmes et les cours posent le problème de la formation du personnel déjà en place à de nouveaux contenus et à de nouvelles approches pédagogiques. Il nous semble préférable, lorsque cela est possible, d’utiliser nos tuteurs d’expérience. Les objectifs suivants nous apparaissent donc essentiels.
· Assurer l’intégration de la rétroaction des personnes tutrices dans le cycle d’évaluation révision des cours et des programmes.
· Faire appel aux compétences disciplinaires et pédagogiques des personnes tutrices dans la conception et la révision des cours.
· Intégrer les personnes tutrices dans l’encadrement programme en faisant appel à leur connaissance des étudiants.
· Développer des modes diversifiés de formation des personnes tutrices pour leur permettre d’intervenir dans de nouveaux cours.
Plusieurs chercheurs s’accordent sur l’importance qu’au-delà de leur compétence disciplinaire, les tuteurs doivent êtres formés pour les autres compétences essentielles permettant de maximiser la qualité globale de l’enseignement. Brigitte Denis va tout à fait dans ce sens :
Un tuteur doit idéalement (…) posséder les compétences de base d’un formateur auxquelles il faudra ajouter les compétences spécifiques liées à la nature du dispositif et de son rôle dans ce dispositif. Le tuteur devra être clair avec sa mission ainsi qu’avec l’organisation et les principes particuliers (besoins de formation, principes philosophiques et sociologiques, options épistémologiques, public-cible, objectifs, contenus, méthodes d’évaluation, etc.) qui sous-tendent le dispositif dans lequel il devra intervenir. La formation des tuteurs, de même qu’un suivi de leurs actions en cours d’animation, ne peut qu’être bénéfique pour les amener à mieux maîtriser les compétences requises par ce métier et à adopter un profil d’intervention requis par le dispositif.[6]
Dans ses Chroniques et entretiens, Jacques Rodet va dans le même sens à propos de la pertinence d’une solide formation pour les tuteurs :
La formation des tuteurs à distance apparaît incontournable tant la variété des tâches qui leur sont demandées d’assumer est grande. Il est en effet difficile de trouver tout à la fois sinon des spécialistes du moins des connaisseurs du champ disciplinaire, des bons techniciens, des pédagogues sachant apporter aide et support de manière personnalisée aux apprenants, des experts de l’apprentissage, des guides sur le plan méthodologique, des personnes ayant développées des compétences d’écoute, de support affectif, etc.[7]
Quant à savoir quel type de formation et quels objectifs celle-ci devrait se fixer, nous croyons que les tuteurs devraient être formés sur les différents aspects de leur tâche d’encadrement et de support à l’apprentissage auprès des apprenants. D’ailleurs, selon Jacques Rodet cette tâche exige un savoir-faire sur les plans cognitif, méthodologique, technologique, administratif, motivationnel, socio-affectif et métacognitif.[8] Il apparaît ainsi que l’amélioration de la qualité de l’encadrement passe ainsi par la mise en place de formations systématiques auprès des tuteurs.
L’analyse des interactions entre les apprenants et les activités d’apprentissage fait ressortir différents styles d’apprentissage. Plusieurs auteurs ont tenté de créer des typologies de ces différentes façons d’apprendre. Viviane Glikman[9] et Violaine Page-Lamarche[10] ont effectué des recherches fort intéressantes à cet égard. Ces éléments pourraient nous amener à explorer de nouvelles pistes de recherche dans le but d’assurer une meilleure adéquation entre les approches pédagogiques des tuteurs et les styles d’apprentissage des étudiants qu’ils encadrent. De plus, de tels projets de recherche pourraient donner lieu à des partenariats fructueux entre les tuteurs et les professeurs.
Voici sommairement l’analyse que nous faisons et les pistes que nous préconisons. Les professionnels que sont les tuteurs souhaitent une large reconnaissance de leurs compétences et de leurs fonctions afin de mieux contribuer au développement de la qualité de l’enseignement à la Téluq.
[1] Guillemet, Patrick, «L'équipe pédagogique en formation à distance : pierre de
touche ou talon d'Achille ?»,
Communication présentée au Congrès ACED/AMTEC à Montréal, du 23 au 26 mai 2006.
[2] Rodet, Jacques, «Pierre Gagné. Le programme FÀD de la Téluq», Chroniques et Entretiens. La formation à distance, septembre 2004, p. 143
[3] Denis, Brigitte, «Quels rôles et quelle formation pour les tuteurs intervenant dans des dispositifs de formation à distance?», Distances et savoirs, vol. 1, n°1, 2003, p. 24-25.
[4] Jacquinot, Geneviève, «Qu’est-ce que le tutorat en FAD?», Université du Mans, 1999, http://cavi.univ-lemans.fr:8900/public/unesco/m3.3.3/M3334.html
[5] Denis, Brigitte, idem, p. 29.
[6] Denis, Brigitte, Idem, p. 30
[7] Rodet, Jacques, «Anna Vetter. Formation de tuteur», Chroniques et Entretiens. La formation à distance, juin 2004, p. 132
[8] Rodet, Jacques, Idem, p. 132.
[9] Glikman, Viviane, «Apprenant et tuteurs : une approche européenne des médiations humaines», Éducation permanente, n°152, 2002-2003, pp. 55-69
[10] Page-Lamarche, Violaine, Style
d’apprentissage et rendement académique dans les formations en ligne, Thèse
en Science de l’éducation de l’Université de Montréal, le 27 mai 2005.